Auteur sans « e », mes sœurs

D’accord. La langue contribue à façonner l’imaginaire collectif qui ferme ou ouvre, c’est selon, les métiers aux femmes.
Je maintiens pourtant mon aversion contre le « e » qui pèse de plus en plus souvent au bout d’auteur, docteur, pasteur, professeur au féminin.

D’abord parce que ce rajout fait le travail moins qu’à moitié. Le changement de l’imaginaire collectif passe nécessairement par l’oral et, à moins de prononcer auteure avec les « eu » de « peureux », le « e » est inaudible. Trop pour l’Académie française, il est insuffisant à l’intention qui le motive.

Certes, la bouche et l’oreille refusent à certains métiers en « eur » les finales féminines qui font une heureuse carrière, l’une avec les actrices, réalisatrices, enquêtrices etc. L’autre avec les chanteuses, nageuses, chercheuses etc.

Faut-il passer en force ? Ces finales, liées aux noms de métiers nés d’un verbe : acter, réaliser, chanter, nager, chercher, pourraient à la rigueur être imposées aux professeurs, qui professent. Mais les auteurs, docteurs, pasteurs, n’autent, ne doctent ni ne pastent.

Que faire, alors, pour écrire leurs métiers et celui des femmes professeurs qui ne veulent être ni professrices, ni professeuses ?

Rien.

Rien, sinon les accorder au féminin : une professeur parfaite, une auteur prise de fou-rire, une docteur étreinte par l’émotion, une pasteur heureuse. La main écrit ce féminin, l’œil le voit, la bouche le prononce, l’oreille l’entend.

Rien d’autre, parce que la finale en « eur » est déjà féminine.

Aussi féminine que saveur, fadeur, senteur, odeur et flaveur, elle dit la froideur, la fraîcheur, la tiédeur, la chaleur, la moiteur, la touffeur et la torpeur.
Elle teinte la peau de couleur : rougeur, rousseur, verdeur, blondeur, pâleur, comme l’âme de blancheur ou de noirceur.
Elle donne la teneur et mesure largeur, longueur, hauteur, grandeur et profondeur, grosseur et épaisseur, minceur et maigreur, raideur, lisseur, pesanteur, vigueur, lenteur, ampleur, valeur et splendeur.
Elle prolonge la rumeur et sa hideur, suscitant stupeur, frayeur, horreur, terreur, sueur et peur souvent, aigreur et rancœur parfois, douleur toujours.
C’est elle qui allume la lueur, elle qui offre la primeur et sur son aile légère que s’élève la ferveur de la clameur.
Oscillant entre erreur et rigueur, faveur et défaveur, langueur et ardeur, elle change d’humeur et se pose en apesanteur sur la fleur – douceur, pudeur, candeur.

Plus de 60 mots féminins, pour la plupart très beaux, finissent en « eur ». En face, seuls  heure, demeure et gageure portent un « e » ; sans être les féminins de mots en « eur »*.

Alors passons en douceur. Accordons professeur, auteur, docteur et pasteur au féminin et laissons les rimer longtemps avec ardeur, saveur et profondeur.

* inexistants pour demeure et gageure, de sens différents pour heure, mesure du 1/24e temps du jour et heur : chance, sort, destin.

10 réflexions au sujet de « Auteur sans « e », mes sœurs »

  1. Merci Madame, vous vous insurgez contre tous ces horribles mots féminisés. ENFIN ! Je pensais que ce n’était que suisse… et suis bien d’accord avec vous depuis de nombreuses années, lorsque j’ai été affublée du titre de « cheffe » de secteur !

  2. Oui je comprends, cheffe c’est dur aussi.
    Cheftaine, ai-je compris, effraie le féminisme qui préfère créer un barbarisme pour… ne pas aller au bout de son intention : à moins de prononcer cheffeu, le -fe est insensible à l’oral. Dommage de créer un mot violent pour la langue et inefficace pour la « cause », quand il en existe un bienveillant à l’une et l’autre.
    En attendant, restent chef et cheffe.
    Vous êtes légitime à préférer la finale de « nef », un vrai féminin, à celle de « greffe », masculin au tribunal et féminin à l’hôpital… et quand la greffe de -fe ne prend pas.

  3. Merci pour ce beau plaidoyer !
    Je vous suis tout à fait et suis désormais sereine à ne pas ajouter ce « e » ridicule où il n’y en a besoin !

  4. Merci !
    On aurait encore pu préciser, pour le mot « gageure », que si sa graphie se termine en « eure », sa prononciation le différencie des autres exemples…

  5. Bonjour et bravo ma soeur, voilà un article bien argumenté qui mets des mots sur ma pensée. Et comme cela est dit plus haut, je n’aurais plus d’hésitation à ne pas rajouter ces « e » inutiles à la fin de mots, et mieux encore, je saurais désormais argumenter pour que d’autres ne m’en affublent pas.
    Merci beaucoup

  6. Quel beau poème !
    Je le découvre revenant de mon jardin où les pommes nous offrent leurs rondeurs, et dans la douceur du ciel, les clameurs des hirondelles légères.

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