Réenchanter le futur par la prospective RH

Préface de N. Kosciusko Morizet, ss dir. E. Added et W. Raffard

Chapitre « De la prophétie à la prospective »

 

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Ss.dir. E. Added et W. Raffard
Préface N. Kosciusko-Morizet
Village Mondial 2009

I – TABLE

  • Premiers lecteurs d’avenir
  • Chasseurs cueilleurs
  • Paysans
  • Prospective à la chinoise.
  • Les prophètes de la Grèce
    • « De loin le meilleur des prophètes »
    • Fausse prophétie
    • Les prophètes nuls  
  • Quels dieux pour la prospective moderne ?

 

II – EXTRAIT

Alimentée par des outils de plus en plus rationnels qui augmentent son crédit, diffusée par des outils de plus en plus puissants et portée par des gens de plus en plus influents, qui augmentent ses effets, la prospective ne se contente pas de dire l’avenir. Elle influence les conduites politiques et économiques : le cours du monde.
Pourtant, même appuyée sur des observations scientifiques, elle reste le fruit de sélections et d’interprétations personnelles, subjectives. Elle n’est finalement pas très différente de la divination antique, l’une et l’autre situées entre sciences et art, et objets d’un commerce.
Alors qu’est-ce qui fait la qualité d’une prospective ou prophétie ?
–       Son exactitude et le fait que ce qu’elle a annoncé arrive ?
–       Le crédit qu’elle rencontre ?
–       Son influence sur le cours des événements ?
–       A moins que ce soit sa capacité à permettre de se diriger dans une direction bonne à vivre ?
Dans ce cas qu’est-ce qui permet de connaître cela à l’avance ?
C’est à l’avance, bien sûr, que nous avons besoin de savoir quelle prospective écouter pour quel résultat.
Notre société en quête de repères est plus que légitime à se poser pareille question. Et à chercher dans son passé et son présent, le matériau stable sur lequel planter des phares.
Pour éclairer l’avenir. 

Premiers lecteurs d’avenir.

Chasseurs cueilleurs

Les premiers lecteurs d’avenir scrutaient le sol pour organiser, perspective encore modeste, l’activité de la journée. Lointains ancêtres du chef d’équipe ou même de l’agent de terrain, les chasseurs cueilleurs trouvent leur survivance dans les piqueux qui, aujourd’hui encore, « font le bois » au lever du jour et, à partir des traces laissées par le gibier, orientent la chasse vers ses chances.
Lecteurs d’avenir à très court terme ? Peut-être. Ce sont eux pourtant qui, les premiers, ont su lire à un an. Grâce à leur mémoire. Car c’est la lecture du passé, toujours, qui permet de lire l’avenir…

Ce sont nos aïeux chasseurs cueilleurs qui, les premiers, ont observé que tel fruit, telle baie n’était pas seulement aujourd’hui à tel endroit, mais y avait déjà été il y a longtemps, dans des temps qui ressemblent à ceux où la revoici : mêmes températures, mêmes longueurs des jours. Elle était donc revenue.

Tout premiers prospectivistes, visionnaires ou devins, ils ont osé croire que ce qui était revenu pouvait revenir encore. C’est eux encore qui ont observé que la graine minuscule ou le noyau ingrat, signes faibles, recèlent l’avenir de la plante. C’est eux qui ont rêvé que ces fruits, baies et racines bons à manger reviennent, plutôt que dispersés, dans un périmètre restreint où il serait facile de les garder et de les ramasser. Au point de prendre le risque de renoncer à manger une part de la précieuse nourriture pour, l’ayant rapportée, l’abandonner à la terre. Et attendre tout un an le résultat de ce pari.

C’est ainsi que les chasseurs cueilleurs, organisés pour une perspective très courte d’un à quelques jours, ont franchi une échelle de prévision fantastique. Et réussi à partir d’une vision prospective la première importante réorganisation du travail quand, se nourrissant encore de la chasse et de la cueillette, ils mettaient progressivement en place la grande aventure de l’agriculture.

Et c’est ainsi que, tandis que le gibier sauvage rendait la chasse moins fructueuse, soit que les grands mammifères se raréfient du fait des changements climatiques, soit que les chasseurs humains soient devenus plus habiles et nombreux, en particulier sur des territoires limités comme les îles, les chasseurs cueilleurs poussaient la porte d’un nouveau futur.

Paysans

Ce futur les soulageait de la quête quotidienne de nourriture, ils ont levé la tête. C’est dans le ciel désormais, qu’ils ont cherché à lire leur avenir pour s’organiser de façon pertinente.Dans le ciel, l’annonce de la pluie et du vent, du chaud, du sec, de l’humide, du froid, qui guident la décision de labourer, semer, moissonner, tailler.
Mais le ciel ! Quoi de plus changeant et de moins maîtrisable ? Quelles sont ses lois, qui le régit ?

L’agriculture rendait la question de la météo beaucoup plus aigüe que la chasse ou la cueillette. Heureusement, elle laissait aussi plus de répit. Le peuple des agriculteurs pouvait nourrir certains des siens qui, détachés des opérations directes devenaient fonctions supports. Parmi eux certains prenaient du recul, levaient les yeux vers le ciel et tentaient, pour annoncer les temps à venir à partir des signes d’aujourd’hui, d’y lire la loi du monde.
A nouveau, l’avenir était dans la mémoire.

En matière de météo, ceux qui peuvent prédire sont ceux qui ont vu assez de matins succéder aux soirs pour lire dans la couleur d’un ciel au couchant, ce qui viendra le matin ; ceux qui ont assez d’expérience pour reconnaître à la longueur du jour, si la douceur d’une après-midi annonce, ou pas, le changement de saison. Ceux qui ont emmagasiné assez de données pour repérer les correspondances ténues, signes faibles mais solides des temps qui viennent. Les vieux, les anciens. Les ancêtres.

Connaisseurs du passé, bientôt défunts, les ancêtres ouvrent l’esprit humain à un avenir bien plus lointain encore que l’année : un avenir, peut-être, après la mort. Ancêtres symboles, alors, d’une perspective immense reliant les profondeurs du passé à celles de l’avenir. Ancêtres d’où naissent l’âme et le culte, par qui l’humain se distingue du reste du vivant et s’offre la possibilité de l’éternité. Ancêtres à qui, et à qui seuls, va le culte de la civilisation la plus laïque du monde : la Chine.

Prospective à la chinoise

Point de dieux en Chine, jamais.
Cette civilisation qui n’a de culte que pour les ancêtres est aussi la plus sédentaire, la plus stable du monde. Ce peuple paysan a, sans aucune commune mesure avec les autres plus mobiles, eu tout loisir d’étudier les transformations de la météo, puis de la nature et, finalement, de lui-même….

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