Le Coaching en mouvement

Pour le Syntec, sous la direction d’Émilie Devienne

Chapitre « L’Éthique du métier du changement, en mouvement »

coaching-en-mvtI – TABLE 

  • L’éthique, laquelle ?
  • Où les chartes dessinent une morale de métier, pas encore son éthique
  • Le besoin d’une éthique, sa place, son rôle
  • Approche et proposition de l’éthique en coaching


II – EXTRAIT

 […] Permissions, protections. Il y a celles que le coach donne au client, et celles… qu’il se donne avec lui, dont chacun décide le plus souvent dans le mouvement, seul avec son client. Alors qu’est-ce qui guide la puissance du coach dans les permissions et protections qu’il donne et se donne dans les traversées hasardeuses du changement ? L’éthique, voyons ! Mais qu’est-ce au juste ?

« Éthique » vient du grec ethos que nous traduisons par « moeurs », lui-même issu du latin mores qui a donné « morale ». Éthique et morale, moeurs bonnes aux individus et à la société qu’ils composent, sont teintées de la nuance propre à leurs pensées d’origine. Romaine, la morale est constituée des règles qui précisent les interdits et le licite. Quant à l’éthique, elle renvoie à la Grèce d’Aristote pour qui « il n’y a pas de science unique ni de l’être, ni du bien ». Libérée des règles extérieures, l’éthique d’Aristote s’ancre au centre de l’être et donne présidence aux vertus. 

En passant du mot de « morale » à celui d' »éthique » (tandis que celui de vertu tombait en désuétude), nous avons voulu secouer le joug des règles pour gagner notre autonomie de jugement quant à la façon de se conduire. Et l’expression courante : « j’ai une certaine éthique » indique à quel point nous en avons fait un concept personnel.

Quoique pesante et figée, la morale était connue, commune. Tandis que l’éthique moderne est si personnelle que, à moins d’être définie clairement, la « certaine éthique  » est surtout… incertaine à l’autre. Aussi ai-je insisté auprès de mes confrères : « L’éthique, laquelle ? »

Ils m’ont répondu « charte professionnelle ». Le coaching en France en reconnaît quatre principales aux fonds cohérents, toutes constituées de règles (10 au Syntec et à l’AEC, 18 à la SFCoach, 28 à l’ICF) qui définissent les obligations et interdictions auxquelles un coach honorable doit se conformer. Ainsi la charte reconstitue le schéma de la morale où une autorité supérieure régit les comportements de tous. Repères communs aux professionnels et à leurs clients, les chartes sont un bon début pour approcher l’éthique d’un métier neuf et méritent d’être qualifiées de « fondement de l’éthique du métier ». Mais elles ne sauraient revendiquer en être l’éthique. Et suffiront-elles à régir les moeurs du coaching ?

La finance, métier beaucoup plus régulé que le coaching, a fourni en 2008 l’éclatante preuve que non. « Jamais la règle ne couvrira toutes les situations. … aucun régulateur ne remplacera jamais l’éthique individuelle et collective… la conformité est moins féconde que la responsabilité. » (2)

Ce qui est vrai dans la finance l’est à plus forte raison dans un métier qui a vocation à accompagner des clients, souvent à haute responsabilité, dans la traversée de l’inconnu, de l’inexploré, du jamais encore fait. Traversée où le coeur de l’expertise du coach est de savoir se conduire là où il n’y a plus (ou pas encore) de savoir.

Alors, coach  » Solitaire, tu parcours ta route vers toi-même ! Et ton chemin passe devant toi-même, et tes sept diables » (2)

Lors de ces traversées le cerveau, qui en mode normal ne peut embrasser plus de huit points à la fois, ne saurait passer en revue 10, 18 ou 28 règles. Alors à quoi se fier ?

Sur quel compas orienter ma vertu intérieure pour que le mouvement particulier que je vais faire rejoigne le sens d’un monde vaste, complexe, vivant, qui aspire à aller bien ?

C’est ici qu’intervient l’éthique. À elle de fournir les coordonnées nécessaires et suffisantes des constantes intérieures qui s’accordent à l’ordre du monde et peuvent accueillir la subjectivité des êtres. » 

(1) H. Juvin, L’Illusion de la règle, AGIPI Références, 2008.

(2) F. Nietzche, Ainsi parlait Zarathoustra, traduction, préface et commentaires G.A. Goldschmidt, Poche, 1983.

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